Manager en Guadeloupe : entre mémoire sociale et défis contemporains

Dans le paysage managérial guadeloupéen, la posture du ou de la leader ne peut s’exonérer d’une lecture fine de l’histoire sociale et post-esclavagiste du territoire. Manager en Guadeloupe, c’est se mouvoir dans un espace traversé par des strates de mémoire collective, où la parole, les silences, les résistances et les attentes s’enchevêtrent, révélant des dynamiques relationnelles singulières. La fonction managériale y est moins un simple acte de coordination qu’un exercice de traduction entre temporalités, héritages, et aspirations.

La société guadeloupéenne porte encore les stigmates d’un ordre esclavagiste qui a façonné des rapports de pouvoir verticaux, racialement codifiés. Les lieux de travail, loin d’être des espaces neutres, réactualisent parfois, consciemment ou non, ces hiérarchies symboliques. La figure de la ou du  « responsable » peut alors être perçue à travers le prisme du commandement autoritaire, héritier du commandeur, quand bien même les contextes ont changé. Cette mémoire sociale influence les interactions quotidiennes, les postures d’autorité et les résistances implicites à l’autorité.

La racialisation encore opérante dans les relations de travail complexifie les enjeux de légitimité managériale. La couleur de peau, le phénotype, la manière de parler, le lieu de naissance ou même l’ascendance sociale peuvent renforcer ou fragiliser la position de la ou du manager. Le ou la manager doit composer avec des logiques identitaires qui ne peuvent être passées sous silence, des attentes de reconnaissance et une quête de justice sociale, souvent informulée mais omniprésente.

Dans ce contexte, le management endogène à la Guadeloupe, c’est-à-dire enraciné dans les valeurs, les codes et les représentations guadeloupéenne, apparaît comme une réponse adaptée. Il ne s’agit pas d’exotiser la pratique managériale, mais de la réinscrire dans un cadre historiquement et culturellement situé, attentif aux expressions de la mémoire collective et aux formes de leadership légitimes dans le pays. L’écoute active, la valorisation de tous les savoirs, l’équité dans la reconnaissance des compétences et la co-construction des décisions sont autant de leviers pour instaurer une gouvernance respectueuse et efficiente.

Manager en Guadeloupe, c’est donc conjuguer la rigueur organisationnelle aux exigences d’une intelligence historique, identitaire et sociale. C’est comprendre que chaque décision résonne dans une histoire longue et que, pour être efficace, le management doit s’ancrer dans une démarche de reconnaissance mutuelle, de lucidité politique et de créativité guadeloupéenne où la pultiplicité des cultures fait autorité.

Une référence : https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/societe-post-esclavagiste-et-management-endogene/46814?srsltid=AfmBOopI18yIZ4GYG4OMb_W3iTXZcOHYDdzBx2R7AnDRWn-4PA-lxENc