… » Les sociétés post-esclavagistes se trouvent être des lieux d’expression de ce que Na’im Akbar, psychologue afro-américain qualifie de « syndrome de stress post-traumatique lié à l’esclavage. »(Akbar 2008)
Reprenant la notion de « fantôme inconscient transgénérationnel logé dans les cryptes du psychisme humain » des deux psychanalystes Nicolas Abraham et Maria Török (1978), Akbar parle lui de « fantôme de la plantation ».
La présence de ce fantôme est pour Nina Canault une réalité car, explique-t-elle, « cela nous le savions déjà, grâce à la psychanalyse. Mais aujourd’hui, la clinique fait un pas de plus et montre que les traumatismes ancestraux, les fantômes, produisent des effets dévastateurs sur plusieurs générations dans les lignées humaines. Car le transgénérationnel ne désigne rien d’autre que le processus vital de transmission de l’esprit à travers les générations, processus souvent nié par les sciences de l’homme. »(Canault 1998).
En effet, au sein des sociétés ayant connu l’esclavage, classifications, catégorisations, stéréotypes et préjugés y sont hantés selon lui par le « fantôme de la plantation » et transportent tous les éléments issus de la société esclavagiste d’infériorisation des personnes dites noires et de supériorité des personnes dites blanches. Ces dispositions de l’esprit, héritées de l’esclavage, font encore partie des organisations mentales qui sont qualifiées « d’expressions actuelles de l’esclavage mental. »(Akbar 2008)
Le fantôme de la plantation ou le maitre dans la tête est encore bien présent chez certains afrodescendants qui ne se pensent qu’en termes de comparaisons avec le Blanc. Afrodescendants pour qui le Blanc est l’étalon mesure de quasiment toutes les capacités, aptitudes et valeurs.
Akbar explique alors « qu’il s’agit de détruire le fantôme de la plantation, non pas de chercher à s’abriter de lui. »(Akbar 2008)…. »
Extrait de « Couleur de peau, stigmates et stéréotypes », Patricia Braflan-Trobo, Editions Nestor 2011