3 QUESTIONS À PATRICIA BRAFLAN-TROBO, SOCIOLOGUE : « Les femmes apportent la légitimité au gwoka »
Propos recueillis par N. CALIMIA-DINANE pour France-Antilles
Photo : Sésé Zénon chanteuse de gwoka
Mardi 15 mars 2011
Les femmes guadeloupéennes pratiquent le mayolè, commandent le quadrille ou content des histoires aux veillées culturelles… Au gwoka, elles chantent, dansent et jouent… Comment ont-elles réussi à occuper cet espace ?
Ce n’est pas parce qu’elles secouent les chachas ou « yo ka rimé ren ». Les femmes sont au cœur de la transmission du gwoka. Même si la musique est dominée par les hommes, elles véhiculent la beauté, la légitimité. Elles ont contribué à l’urbanisation du gwoka.
Comment ont-elles fait ?
Je pense à deux femmes en particulier : Jacqueline Cachemire et Man Soso. La première a ouvert une école et a attiré des femmes fonctionnaires, employées de banque, des cadres, un milieu où il ne serait jamais rentré. La deuxième a vu naître des groupes de femmes (tanbouyé é dansèz). Chez elle, les femmes pouvaient s’adonner à leur activité sans être méprisées, cataloguées de « chòpipit » . Elle a aidé à conserver la tradition mais la diffusion, on la doit en partie à Jacqueline Cachemire-Thole. N’oublions pas le travail fait par les groupes folkloriques. Sans eux cette partie de la culture serait peut-être morte.
Pourquoi la femme est-elle au cœur de tout ? Même encore responsable de la transmission ?
Dans notre société matrifocale, l’autorité repose sur la mère. À travers elle et la femme, se diffuse la culture. Car là où elle se trouve, se trouvent aussi les enfants. Donc naturellement elle inculque la tradition, la culture… Les femmes apportent la légitimité, la respectabilité au gwoka. Sé pa biten a vyé nèg, yo la osi ! Il faut replacer tout cela dans un contexte de résistance. La mondialisation y est pour quelque chose. On a envie d’affirmer notre identité.
– Ce soir au fort Fleur d’épée, elle intervient sur « La place de la femme caribéenne dans les musiques et danses traditionnelles » , lors d’une conférence-débat, prévue à 19 heures.