
1°) Qu’est-ce que la résilience ?
Le terme résilience suscite son lot de méfiance et de controverses. Le plus souvent, le mot est interprété et non appréhendé avec sa véritable définition.
Lorsque le terme résilience fut employé la première fois ce fut en 1626 en anglais par le philosophe Francis Bacon. Le sens de ce mot anglais « resilience, resiliency » rebondir », « se ressaisir » ou « se redresser ».
L’étymologie de la résilience nous éclaire sur ses racines : Du verbe latin resilio, ire, littéralement « sauter en arrière », d’où « rebondir, résister » (au choc, à la déformation).
Nous allons nous arrêter sur 3 définitions du mot résilience :
1°)- Ce mot est utilisé par Thomas Tredgold en 1824 pour parler de l’élasticité et de la résistance des matériaux.
En métallurgie donc, la résilience désigne « la qualité de certains matériaux qui tient à la fois de l’élasticité et de la fragilité et qui manifeste la capacité à retrouver leur état initial à la suite d’un choc ou d’une pression continue. »
Il s’agit donc de la capacité d’un matériau à revenir à sa forme initiale après un choc. La résilience est ainsi nous le voyons une qualité de matériaux comme l’acier ou le fer
2°) Une personne résiliente, elle, est capable d’accepter des circonstances difficiles de la vie ainsi que les émotions qu’elles provoquent. Elle dispose d’une stratégie patente de gestion du stress, et elle est capable d’activer des mécanismes de défense et de survies efficaces.
Boris Cyrulnik est surtout connu pour avoir développé en France le concept de « résilience » (renaître de sa souffrance)
3°) Il existe aussi la résilience des personnes et institutions – que ce soient des individus, ménages, communautés locales ou états. C’est leur capacité à faire face aux chocs ou stress chroniques causés par des situations de crise, des conflits violents, ou des évènements naturels extrêmes, de s’adapter et se relever rapidement sans compromettre leur avenir à moyen et long terme
On parle aussi de stratégies de coping en anglais c’est-à-dire la capacité « de faire face » ou d’adaptation à la situation.
Nous allons tout de même préciser ce que la résilience n’est pas :
La résilience ne signifie pas absence de motivation et de force pour se battre pour transformer une situation, ce n’est pas se laisser vivre ou se laisser mourir, ce n’est pas abdiquer. La résilience n’est en rien la soumission, ni le laisser-aller, ni l’absence d’orgueil, de fierté, …
2°) Différentes formes de résilience
La résilience individuelle : Les personnes résilientes sont identifiées comme ayant une estime de soi forte et assurée, ancrée sur des valeurs et une connaissance d’elles-mêmes affirmée.
Ces personnes considèrent les échecs comme des sources d’opportunités et de meilleure connaissance de soi. Ce sont des personnes qui savent et qui croient fermement qu’il est important de bien connaitre ses faiblesses. Elles ont intégré que l’entêtement, l’excès de fierté, l’orgueil mal placé sont des éléments qui les affaiblissent plus qu’elles ne les renforcent.
La résilience écologique est la capacité d’un système vivant (écosystème, macroécosystème, écorégion, population, biosphère ) à retrouver les structures et les fonctions de son état de référence après une perturbation.
La résilience communautaire (ou résilience collective) est la capacité d’une communauté de continuer à vivre, fonctionner, se développer et s’épanouir après un traumatisme ou une catastrophe.
Une communauté résiliente est un groupement de personnes structuré et organisé pour s’adapter rapidement au changement, surmonter un traumatisme, tout en maintenant sa cohésion et des relations ouvertes avec le reste du monde. Elle s’efforce d’améliorer son quotidien en tissant à nouveau du lien social, en misant davantage sur la solidarité.
L’homme est un être social, étroitement lié à son entourage, de ce fait, son autonomie au sein de la société est relative et surtout fragile. L’homme moderne est généralement dépendant des chaines logistiques qui permettent l’approvisionnement des énergies, des biens et des services.
Développer la résilience collective passe donc inévitablement par le développement de l’autonomie du groupe et par un travail de dépassement du traumatisme, au niveau personnel et collectif. La résilience individuelle est étroitement liée à une faculté de résilience collective.
3°) La résilience à travers les proverbes guadeloupéens
Il m’a paru important de montrer à quel point la résilience est ancrée dans la culture guadeloupéenne
Le concept de résilience, même s’il n’est pas ainsi nommé en Guadeloupe fait partie intégrante de notre culture et de nos stratégies pour aborder la vie et ses difficultés les plus éprouvantes
En Guadeloupe, nous avons pléthore de proverbes et de propos pour exprimer la volonté affirmée de faire face à l’adversité et de reprendre le dessus coûte que coûte.
J’ai retenu 20 proverbes guadeloupéens (la liste n’est pas exhaustive) qui expriment la volonté de résister et de combattre pour la vie. Nous avons :
Banbou ka pliyé i pa ka kasé
Pa pléré zyé a-w sèk
Maré ren a-w
Maré ren a-w é doubout si pinanhan a-w
mété chaloup a-w an lanmè
fouré kòn a-w an tè
Kòk atè sé pou bat
Chyen maré sé pou lapidé
Zyé krévé pa ka anpéché kòk kontinyé goumé
Ou sé lanklim ou pa dwèt pè mato
Vwè mizè pa mò
Koulèv an tòch pa ka gra
Kenbé rèd pa moli
Jou nou ké mété a jounou poko vwè jou
Sé zyé ki lach
Kyè kontan chimen pa long
La vi sé on konba
Pisimé on kayi jòdi olyé on taza demen
Pis ki an dé zong ka di manman-y : toultan an paf fè tak pa pléré
Bondyé ka ba-w chaj mé i ka ba-w tòch pou pòtéy
Bondyé ka ba-w gal mé i ka ba-w zong pou graté-y
Je vous laisse compléter cette liste.
Il s’agit comme vous le voyez de savoir se relever après la chute.Les personnes à travers ces proverbes montrent qu’elles tirent expérience et connaissance de chaque difficulté traversée et que toujours elles se relèvent.
Les personnes sont, à travers ces propos, confiantes en leur aptitude à maîtriser les épisodes difficiles de la vie, elles sont prêtes à s’investir et à relever les défis.
4°) Les différentes façons de faire preuve de résilience
La résilience ne se décrète pas et ne s’ordonne pas ne s’impose pas. On est résilient ou on ne l’est pas. On se bat pour survivre ou on se laisse sombrer. On lutte pour sa survie ou on abdique.
Les stratégies et éléments qui permettent la résilience sont :
-l’adaptation centrée sur les problèmes, qui consiste à s’attaquer à la cause profonde d’un problème
-l’adaptation centrée sur les émotions, qui suppose que l’on apprenne à faire face aux émotions négatives
-le soutien social,
-l’adaptation religieuse
-la création de sens.
-se centrer sur ses centres d’intérêt et toute chose pouvant permettre de faire face sainement à des circonstances difficiles
Les éléments qui sont importants dans un processus de résilience sont : la communauté, la compassion, la confiance et l’engagement.
Il faut aussi faire preuve d’un optimisme réaliste
Une bonne estime de soi et une confiance en soi assurée sont nécessaires.
Il faut acceptez le fait que le changement est inéluctable dans la vie.
Il faut évitez de considérer les crises de la vie comme des problèmes qui peuvent être évités.
Il faut se fixer des objectifs atteignables
Garder une orientation solution dans son raisonnement.
Ne pas avoir peur de prendre des décisions
S’appuyer sur son réseau.
Planifier l’avenir en tenant du fait que nous ne pouvons tout maitriser.
5°) La résilience : force ou faiblesse ?
Avec tout ce que nous avons pu voir dans cette chronique vous comprenez donc que la résilience est une force. La force de la Vie qui s’impose.
Je vais terminer par une citation de Maya Angelou, la célèbre autrice afro américaine qui, parlant de ses ancêtres qui avaient été mis en esclavage, disait : je suis le rêve et l’espérance de l’esclave.
Cette phrase de Maya Angelou « Je suis le rêve et l’espérance de l’esclave » condense en quelques mots toute la puissance de la résilience historique, culturelle et identitaire.
Par cette affirmation, elle ne parle pas seulement d’elle-même, mais elle incarne une lignée, une mémoire blessée qui a refusé de mourir. Elle donne voix à celles et ceux que l’histoire a tenté de réduire au silence. En se définissant comme le rêve et l’espérance de l’esclave, elle fait de sa propre existence, femme libre, éduquée, créative, debout, la réalisation de ce qui fut impensable pour ses ancêtres.
C’est une parole de dépassement : là où l’esclavage voulait détruire, Angelou affirme la continuité, la dignité retrouvée. Elle illustre ainsi que la résilience n’est pas seulement la capacité à survivre à l’oppression, mais à la transcender, à inscrire dans le présent la promesse d’un avenir que d’autres n’ont pas pu connaître.
La résilience, dans cette perspective, devient un acte politique et poétique : vivre, s’élever, s’exprimer, c’est honorer la souffrance de ceux qui n’en ont pas eu la possibilité. C’est dire que l’héritage de la douleur peut se transformer en force, en lumière, en engagement.