Le management en Guadeloupe est-il en train d’inventer une autre manière de faire autorité ?

En Guadeloupe, le management tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ne se contente plus de reproduire des normes venues d’ailleurs. Il se réinvente, lentement mais sûrement, au contact d’une réalité historique, identitaire, sociale et culturelle qui impose d’autres repères. Faut-il y voir une simple adaptation ? Ou assistons-nous à l’émergence d’une manière guadeloupéenne de faire autorité ?

Une autorité en quête de légitimité

Dans bien des organisations guadeloupéennes, le pouvoir hiérarchique ne suffit plus à instaurer la reconnaissance de l’autorité. L’histoire du territoire, marquée par la colonisation, l’esclavage, et la racialisation des relations sociales du travail a profondément structuré les rapports à l’autorité. Les différentes ruptures intervenues dans la construction sociale en Guadeloupe génèrent une défiance vis-à-vis de l’autorité et un esprit de contestation tirant sa légitimité d’éléments historiques comme la résistance des esclavisés au système esclavagiste.

Le manager guadeloupéen, s’il reproduit mécaniquement des postures d’autorité verticales ou directives, se heurte à des résistances symboliques parfois invisibles mais bien présentes. Les salarié·es ne se contentent pas d’obéir : ils et elles évaluent, déchiffrent, testent l’authenticité de la posture managériale.

Des repères relationnels qui bousculent les modèles classiques

Le management en Guadeloupe évolue dans un environnement où la relation humaine précède souvent la fonction. On attend d’un·e manager qu’il ou elle prenne le temps de comprendre, qu’il ou elle soit respectueux·se des rapports sociaux existants, qu’il ou elle entende les mémoires enfouies dans les dynamiques de travail.

Ainsi, des formes alternatives d’autorité émergent :

  • L’autorité dialogique, qui s’impose non par le statut mais par la capacité à construire un sens partagé.
  • L’autorité reconnue, issue de l’engagement réel dans le collectif et non d’une simple position hiérarchique.
  • L’autorité négociée, qui accepte l’ambiguïté, le compromis, la temporalité longue comme des dimensions incontournables du management.

Une autorité fondée sur la cohérence culturelle

Ce que l’on observe dans les pratiques de terrain, notamment dans les associations, les collectivités ou certaines PME, c’est une autorité qui s’ancre dans une culture du respect réciproque, du langage indirect, de l’intelligence relationnelle. Les managers qui réussissent sont ceux qui comprennent que l’on ne dirige pas en Guadeloupe comme on dirige à Paris, Lyon ou Bordeaux.

Ils savent que l’humour, la distance, la pudeur peuvent être des outils de gestion. Qu’une parole publique ne remplace pas une reconnaissance intime. Qu’un salarié qui acquiesce n’adhère pas forcément. Qu’un silence peut être un refus.

Vers une fabrique collective de l’autorité ?

Il serait réducteur de parler d’un « modèle » unique guadeloupéen. Mais ce qui se construit dans les pratiques managériales actuelles ressemble à une fabrique collective, lente et pragmatique, d’une autre manière de faire autorité :

  • Plus humaine
  • Plus enracinée dans l’histoire sociale du territoire
  • Plus attentive aux dimensions invisibles des relations de travail

Cette autorité-là ne se décrète pas. Elle se construit et se cultive. Et peut-être qu’en Guadeloupe, à la croisée des mémoires et des résistances, elle montre à d’autres territoires une voie de transformation du management.